Vostan, Aght’amar, monastère de la Sainte-Croix
Ոստան, Աղթամարի Սբ. Խաչ վանք
Vostan, Aght’amar, monastère de la Sainte-Croix
Ոստան, Աղթամարի Սբ. Խաչ վանք
Ոստան, Աղթամարի Սբ. Խաչ վանք
Ոստան, Աղթամարի Սբ. Խաչ վանք
Vanker
Աղթամար, Սբ. Խաչ վանք
Ce joyau de l’architecture arménienne a fait l’objet d’abondantes et riches publications, nous vous en donnons ici une description sommaire, car il vous sera facile de consulter les ouvrages de référence qui décrivent ce chef-d’œuvre. En 2005, des travaux de restauration ont été entrepris sur les bâtiments pour être achevés en 2007. La cathédrale d’Aght’amar est aujourd’hui un musée visité par de nombreux touristes, très exceptionnellement on y célèbre des offices religieux à l’initiative du Patriarcat arménien d’Istanbul. L’histoire de la Sainte-Croix d’Aght’amar est intimement liée au règne du roi Gagik Ier de la famille des Ardzrouni (908-943) qui construisit sur cette île sa résidence palatine. Il confia à l’architecte Manuel l’édification de cette église royale qui débuta en 915 pour s’achever en 921. Le monastère est composé de plusieurs édifices, l’église principale de la Sainte-Croix précédée d’un narthex, la chapelle Saint-Serge, située au nord-est de la précédente avec son narthex sur son flanc ouest, ainsi que plusieurs bâtiments conventuels, des cellules monastiques alignées dans le prolongement du narthex ont été détruites au cours du siècle dernier et grossièrement reconstruites lors des restaurations récentes, de l’église Saint-Étienne au sud-est en ruine. On trouve également sur le site, un cimetière comprenant des pierres tombales et des khatchkars portant des inscriptions datées des XIV et XVe siècles, l’oratoire de la Reine Tamar, femme du roi Gagik, qui se trouve à la pointe de l’île qui est une petite chapelle mononef. Au fil des siècles des travaux de restauration ont été entrepris notamment lorsque la coupole de l’église s’est effondrée au XIIIe siècle, ainsi qu’au cours des XVIe et XVIIe siècles. Le monastère d’Aght’amar fut un important centre religieux et le lieu de résidence des catholicos d’Arménie à partir du XIIe siècle et jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il était un scriptorium très important au Vaspurakan entre le XIIIe et le XVe siècle, de célèbres manuscrits y ont été copiés et enluminés.
THIERRY Jean-Michel, 1989, « Monuments arméniens du Vaspurakan », Paris, p. 269-291.
THIERRY Jean-Michel, 1993, « Répertoire des monastères arméniens », Brepols-Turnhout p. 99, n°547 et 549.
Mirakhorian Manuel K., 2013, « Voyage descriptif dans les provinces arméniennes de la Turquie orientale en 1882». Traduction française présentée et annotée par Jean-Pierre Kibarian, Paris, p. 319-320.
ՈՍԿԻԵԱՆ Համազասպ, 1940-1942-1947, «Վասպուրական-Վանի Վանքերը », [Les couvents de Vaspurakan-Van], Vienne, vol. 1, p. 86-133.
Khatchadour Levonian
Աղթամար, Սբ. Խաչ վանք
Ce joyau architectural du Vaspurakan est mentionné dès l’époque chaldéenne dans les inscriptions cunéiformes, non comme monastère mais comme cité fortifiée. Les preuves archéologiques de l’occupation chaldéenne de l’île ne manquent pas. Sur les rochers de la forteresse dite « Tête de Pierre », on distingue par endroits des marches d’escalier sculptées dans la roche semblables à celles que l’on rencontre à la forteresse de Van. On y trouve également des pierres gravées portant des inscriptions cunéiformes aujourd’hui conservées dans le musée. Des gloires passées d’Aght’amar, seule subsiste l’église millénaire de la Sainte-Croix, fruit du talent de l’architecture arménienne. Elle fut construite sous le règne du roi Gaguik en l’an 921 par l’architecte Manuel et achevée en six ans. L’aspect de l’église Sainte-Croix a été considérablement modifié au fil des siècles. Tout d’abord par l’ajout de la porte construite par le Catholicos Thomas, ensuite, par la petite église du Saint-Sauveur, édifiée au nord, enfin, par l’imposant clocher construit au-dessus de sa porte sud en 1790. Elle a été financée par des Aghas de Van Gharasefer Akhidjan et Kevork.Devant l’église se trouve une grande cour orientée au sud, plantée d’arbres. Sur le côté ouest, un bâtiment de deux étages, comprenant une trentaine de pièces a été construit en 1873 par l’évêque Jacques de Khizan. Quelques années auparavant, se dressaient dans cette cour, une école et un musée construits par le dernier Catholicos d’Aghtamar, Khatchatour. Une inscription sur une stèle en marbre insérée dans la façade de la porte d’entrée, datée de 1884 relate ces constructions. Après le sort tragique que connu ce Catholicos et pour effacer définitivement sa mémoire, ces lieux furent complètement laissés à l’abandon et ils tombèrent peu à peu en ruine. Si l’indifférence actuelle persiste pour entretenir les bâtiments et qu’ils demeurent dans cet état de délabrement, d’ici quelques années, le monastère ne sera plus que ruines. Conformément à la tradition des anciennes églises arméniennes, l’église Sainte-Croix à un plan cruciforme, sans piliers, deux autels se trouvent de part et l’autel principal. Elle fut construite pour la famille royale, comme c’était la coutume jadis et de ce fait, elle ne pouvait accueillir que peu de fidèles. Au sud, un balcon en pierre fut construit avec une ouverture donnant dans l’église. Cette pièce servit de lieu de prières au roi Gaguik et à la reine Tamar, qui y accédaient par une porte extérieure pour assister aux offices à l’abri des regards. De part et d’autre de la porte de cette chambre haute sont sculptés un lion et un tigre, la tête baissée, en hommage à la famille royale. On dit qu’elles furent sculptées comme un bouclier, afin que la royauté soit préservée du « mauvais œil ». Sur le plâtre blanc des murs, se trouvent des peintures de divers saints, apôtres et anges, dont l’aspect altéré laisse supposer une grande ancienneté. L’église Sainte-Croix mesure environ 15,5 mètres de long, 12,5 mètres de large et 50 mètres de hauteur. Sa porte principale s’ouvre au sud. Toutes les façades extérieures sont décorées de délicates et complexes frises florales et animalières qui ornent tout le pourtour de l’église. Parmi celles-ci on trouve des figures en médaillons représentant divers personnages des Saintes Écritures, Adam et Ève, les évangélistes… Sur la façade ouest, une sculpture représente le roi Gaguik grandeur nature, portant la miniature de l’église qu’il a commanditée et qu’il dédie au Christ, qui se tient devant lui. Gaguik porte une couronne de perles et un manteau orné d’oiseaux, boutonné jusqu’à la poitrine. Sous son manteau, on aperçoit sa ceinture à franges fendue près des genoux. Un autre bas-relief se trouve sur le mur sud, Noé est allongé, parmi des vignes, tenant une coupe dans sa main droite et sa main gauche levée vers une grappe de raisin. De chaque côté de lui se tiennent deux enfants, l’un cueillant des grenades et l’autre du raisin. Une tradition rapporte que lors de sa construction, les façades de l’église étaient dorées, comme en témoignent les vestiges encore visibles par endroits. Le plus surprenant est qu’aucune inscription ne commémore le commanditaire de cet édifice somptueux. Seule une colonne de pierre de la sacristie, à gauche de l’église, porte la courte inscription suivante : « Par ma volonté et de ma main, roi arménien Gaguik … » Une grande inscription orne la porte de l’église, on ignore si elle commémore sa construction, car elle est dissimulée derrière le clocher. La tradition orale mentionne, que le roi Gaguik fit construire une autre église près de la rive sud de l’île qu’il dédia aux habitants d’Aghtamar. Cette église est aujourd’hui engloutie sous les eaux du lac, à l’endroit même où se trouve le port. Des fouilles menées il y a quelques années à l’occasion de la construction du port ont mis au jour une coupole surmontée d’une croix portant l’inscription suivante : « Croix du fils de Grégoire et de Shahir, Shahab, sur le Christ, 1213 ». Sur l’île d’Aghtamar se trouvent également plusieurs chapelles et ruines d’églises.
Le cimetière du monastère semble très ancien, on y trouve de nombreux khatchkars et surtout une pierre tombale datée VIe siècle. Plusieurs Catholicos y sont également enterrés, dont les tombes sont situées près de l’angle sud de l’église Sainte Croix. Voici quelques inscriptions relevées sur les églises du monastère. Sur la façade de la porte de l’église Saint-Sauveur d’Aghtamar : « En l’an 1293, sous le patriarcat du seigneur Stepanos, cette église fut construite en l’honneur des moines Sarkis et Stepanos, fils de Hromshah, pour leurs actes de piété, à la mémoire de leurs âmes, de leurs parents et de leurs proches, souvenez-vous dans le Christ ». A l’angle ouest du mur sud de l’église Sainte Croix : « En l’an 1480, sous le règne du Catholicos Stepanos, moi, Lal Mirancha, me rendis au palais du prince, et remis l’Huile Sainte à Baron Smbat ainsi que la facture du propriétaire en mémoire de Dieu. Que quiconque s’y oppose soit jugé par Dieu et par la Sainte-Croix. Amen ». « Au Saint-Siège du Patriarcat, Catholicos Grégoire, par la grâce de notre Seigneur, le clocher fut construit, par la volonté des princes pieux Akhija et Gevorg, au nom de la Sainte-Ascension, à la mémoire des défunts et des vivants ». Sur la partie supérieure du mur sud de l’église Sainte-Croix, sous l’avant-toit, la date est fragmentaire 1277 ou 1280. « Sous le règne du Catholicos d’Aghtamar, a été reconstruit la toiture du dôme de la Sainte-Croix avec de nouvelles dalles et restauré une partie de l’église Saint-Jean et l’église Saint-Signe à Alanats. A la mémoire de ses parents, de ses frères et de tous ses proches ». En effet, à cette époque, un violent tremblement de terre avait endommagé le dôme de la cathédrale. Le monastère d’Aghtamar abrite plusieurs manuscrits et de nombreux ouvrages imprimés. Parmi ces manuscrits figure un « khorenatsi », sans date, dont il manque quelques pages de la fin. On trouve également des manuscrits relatant la consécration d’un évêque, d’un catholicos et d’un roi. Deux Évangiles sur parchemin, de grand format et à caractères « ergatikir », sont particulièrement remarquables. Le premier a été apporté à Aghtamar depuis le village de Sparkertu Baghens par le défunt Catholicos Arsen Vardapet. le musée conserve d’anciens « kondaks », dont certains sont enluminés de motifs floraux très délicats. Un « kondak » sur parchemin relate la construction de l’église Sainte-Croix et évoque plusieurs catholicos. Il porte la dédicace : « En l’an 1310 des Arméniens ». La congrégation gère ces biens sous la supervision des responsables du Fédération Révolutionnaire Arménienne. Il est réconfortant de constater que, dans le seul diocèse d’Aghtamar, on compte actuellement 45 écoles primaires sous la tutelle de cette organisation. Le monastère d’Aghtamar possède 500 charrues de terres cultivables qui produisent plus de mille mesures de récolte. Le monastère dispose de quatre moulins à eau qui fonctionnent en continu et peuvent produire le pain annuel du monastère. Il possède également un pressoir à olives, deux grands vergers de divers arbres fruitiers. Un cheptel de plus de 400 moutons, 25 buffles, 25 chevaux, mules et ânes, 30 vaches, 30 bœufs, etc. À ces revenus fonciers et agricoles s’ajoutent les legs, les dons qui proviennent de ses monastères diocésains, générant ainsi un revenu annuel de plus de mille « liras ».
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